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Embarquement immédiat







L’Adriatique, au rythme des îles et des vents



Le long de la côte dalmate, la Belle de l’Adriatique navigue d’île en île, de ville en ville. Là où d’autres passent au large, elle s’approche au plus près des côtes. Entre grands classiques et découvertes hors des sentiers battus, embarquez pour une semaine de croisière au pays du Grand Bleu. Récit de voyage… comme si vous y étiez déjà.



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En bas, Dubrovnik !



Pour les passagers arrivés par avion, la découverte de la côte dalmate commence depuis les airs. La dernière demi-heure de vol constitue un premier aperçu de la semaine qui nous attend. D’un côté, par le hublot, le blanc des falaises calcaires avec, un peu plus loin dans les terres, des montagnes couvertes de petites taches vertes qui, au fil des mois, s’amenuisent et jaunissent. De l’autre, un camaïeu de bleus où le regard peine parfois à distinguer ciel, mer et horizon. Les baies se succèdent. Les conditions météo sont favorables, le commandant de bord nous offre un superbe cadeau. Pas de doute, juste en dessous, c’est Dubrovnik. Une vision impressionnante. D’en haut, la ville-forteresse semble avoir été posée sur l’eau, ses toits ocres s’assemblent, avec une précision d’orfèvre, dans un puzzle dense pourtant dessiné par le hasard. L’aéroport ne se trouve qu’à une quinzaine de kilomètres de la cité. Pour rejoindre le port, nous empruntons la Jadranska Magistrala, la spectaculaire route qui remonte jusqu’en Istrie et navigue entre les rochers, juste au-dessus de la mer. Depuis là également, la vue sur Dubrovnik, que nous contournons, est superbe.




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Nous voilà au port, juste sous le spectaculaire pont à haubans Franjo Tuđman, qui porte le nom du premier président de la Croatie indépendante (1990–1999). Sagement rangée à côté de géants des mers, la Belle de l’Adriatique paraît bien petite. Nous ne le savons pas encore. Mais ce navire à taille humaine nous permettra de nous rendre dans des lieux interdits à d’accès à ceux qui semblent ici le toiser.



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Dubrovnik, une perle et quelques joyaux



Dubrovnik, la perle de l’Adriatique. Le visiteur doit apprendre à se méfier des slogans touristiques. Mais celui-ci ne triche pas. Avec ses palais, ses églises et ses couvents, l’ancienne Raguse ressemble à un musée à ciel ouvert. Revenue de l’enfer après six mois de bombardements au début des années 1990, lors de l’éclatement de la Yougoslavie, la ville porte encore en elle cette mémoire fragile. Mais elle ne montre rien. Ou presque. Elle a repris sa place au soleil, comme si rien n’avait pu l’atteindre. Entre les toits ocres, la lumière glisse. Elle accroche le blanc des pierres de la rue principale, le Stradun, si lisse qu’on dirait qu’elle a été polie autant par le soleil que par les pas des hommes. Tout autour, le bleu de la mer s’invite sans prévenir, déborde, encadre, enveloppe. Les couleurs ne cohabitent pas : elles se répondent. La découverte se fait à pas lents. L’on se perd dans le labyrinthe des échoppes et des escaliers enserrés par des remparts (2 km de long) qui ne servent plus aujourd’hui que de (superbe) promenade.





Chaque coin de rue semble prêt à délivrer une anecdote, à lever un mystère. Ici, l’une des plus vieilles pharmacies d’Europe (1317). Là, il faut caresser le nez de Marin Drzic, largement méconnu chez nous, mais qui fut le plus grand écrivain de la Renaissance dalmate. Cela porte bonheur. Chacun ses références ! Véritable symbole de la cité, dans son costume, un vendeur de cœurs est devenu, au fil des années, l’un des acteurs de ce décor de carte postale qui fait le bonheur des cinéastes. La série Game of Thrones s’est emparé de l’âme de la ville pour y implanter King’s Landing, la capitale des Sept Couronnes. Tant de splendeurs, tant de soleil méritent de parcourir ce monde qui oscille entre réel et imaginaire.







Dans la paix de Mljet




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Tôt le matin, l’île de Mljet se profile. Même la Belle de l’Adriatique doit s’arrêter au large : ici, pas de port en eau profonde, seulement le balancement silencieux des chaloupes qui assurent la dernière approche.


En ce mois de juin, le quai respire le calme. Quelques silhouettes, le soleil qui, déjà, s’impose et cette impression étrange d’être seuls au monde. L’île compte à peine un millier d’habitants, dispersés sur cette longue bande de terre (37 kilomètres de longueur, 3 de largeur). Beaucoup vivent sur le continent et ne reviennent que durant la période estivale. Même les loueurs de vélos somnolent dans leurs boutiques. Une fois passé le port, il n’y a plus de voitures. Pour rejoindre l’embarcadère menant au lac et au monastère, la marche s’impose. Une petite demi-heure sous les pins dont les aiguilles filtrent la lumière en une poussière dorée. Le chemin conduit vers l’embarcadère du lac et du monastère.


Quel calme !


Rien de plus normal. Les visiteurs se promènent ici dans un parc naturel. L’endroit a été classé en 1960 à une époque… où le maréchal Tito, figure centrale de la Yougoslavie communiste (1945 – 1980), y possédait une résidence. Le temps et le pouvoir changent les hommes. L’ancien partisan avait pris goût au luxe. Sur place, l’on raconte que l’ancien système de moulins des moines fut détruit pour élargir un canal et ainsi permettre le passage du yacht du président tout-puissant. De cette époque, il ne reste que des souvenirs et des pierres.


Cerné de collines boisées, semblant méditer sur un ilot juste enserré par un lac aux eaux limpides, le monastère bénédictin de Sainte-Marie s’apparente à un havre de paix. Certains se baignent, d’autres sirotent un café en terrasse. Loin de tout, au milieu des pins, le temps semble s’être figé.







4 - Hvar, Vis, Korcula … Une mer semée d’îles


Combien d’îles en mer Adriatique ? La question flotte comme une énigme. Les spécialistes comptent, ergotent : 1 200 ? 1 400 ? À vrai dire, cela importe peu. Les chiffres s’effacent devant une réalité : un horizon morcelé, éclaté entre mer et fragments de terre. Comme si, à la manière du Petit Poucet, quelqu’un avait semé des îles à la surface de l’eau.


Dans ce décor mouvant, la Belle de l’Adriatique glisse sans effort. Ses dimensions modestes — 110 mètres de long, 12 de large — lui ouvrent des passages interdits aux grands navires. Là où d’autres passent au large, elle entre dans le paysage.


Chaque île raconte une histoire.






Dans le port de Hvar, le monastère des Franciscains se targue de posséder un célèbre tableau de la Cène. Le peintre a donné au Christ et à ses apôtres les visages des mécènes qui ont financé la toile. Logiquement, personne n’a voulu du rôle de Judas… qui tourne donc le dos. Renégat jusqu’au bout !









Un peu plus loin, Vis offre un autre cadre : juste une baie lumineuse, des ruelles qui descendent vers la mer, et cette manière qu’ont les lieux paisibles de vous faire ralentir sans que vous vous en rendiez compte.






Puis vient Korčula, avec ses rues dessinées comme un rempart contre le vent. Tout semble pensé, orienté, maîtrisé. Et pourtant, la légende a ici trouvé son chemin : Marco Polo serait né ici. Vraiment ? Un clinquant musée l’affirme, les boutiques le répètent. Mais pourquoi ne pas se laisser tenter ? Ainsi va l’univers de la mer, les voyages s’y nourrissent des récits que l’on choisit de croire.







5 - Krka : plus belles seront les chutes…



À peine 13 kilomètres, un petit quart d’heure mais une grande nouveauté. Pour la première fois, il nous faut prendre le bus pour partir en excursion.


Depuis Sibenik, la première ville au monde à être équipée de courant alternatif (1895), nous rejoignons le parc national de Krka, qui se trouve à l’intérieur des terres. Les derniers virages, le parking et, déjà, le sourd grondement des chutes que l’on entend avant de les voir. Le visiteur n’entre pas à Krka, il s’y glisse.


Depuis les premières terrasses, le panorama s’ouvre sur les chutres que la rivière Krka a dessinées dans le friable plateau karstique. L’eau jaillit de partout, rebondit sur des barrières naturelles constituées d’une pierre que l’érosion a déposée : le travertin.


Le sentier de promenades, parsemé de passerelles, s’étire sur deux kilomètres et demi. À chaque pas, un détail nouveau. Dans les herbes, un frémissement : peut-être une loutre qui ne fait que passer. Plus loin, des libellules aux reflets bleus suspendues dans la lumière. Des crapauds immobiles, presque invisibles. Et partout, des oiseaux (des centaines) dont les chants sont absorbés par le tumulte des cascades.


Sur plus de 100 kilomètres carrés, le parc national abrite sept grandes cascades qui rivalisent de majesté. Il y a Skradinski Buk : la plus célèbre, un vaste amphithéâtre de chutes étagées hautes d’environ 45 mètres, avec des dizaines de petits rideaux d’eau ; Roški Slap, la plus sauvage, avec une succession de cascades en gradins, souvent appelée “ le collier ” tant ses filets d’eau semblent entremêlés ou bien encore Manojlovac, la plus haute, qui culmine à près de 59 mètres. Le spectacle de la nature s’écoule ici à flots continus.






6 - Split, une ville en son palais



A Split, comme à Trogir, Sibenik et dans toutes les îles, la Belle de l’Adriatique est amarrée à quai. Il suffit d’enfiler une bonne paire de chaussures pour partir à la découverte de la ville de Split. Et quelle cité !





En son centre, un sphinx égyptien de granit noir semble placidement monter la garde devant la droite colonne corinthienne d’un mausolée impérial devenu, au fil des siècles, un lieu de culte chrétien. Visiter Split, au milieu du brouhaha actuel, c’est remonter le temps. Comme s’il n’y avait pas de frontières entre les époques.




En ce samedi de juin, la ville est en fête. Loin d’être recroquevillée sur un passé qui la nourrit, elle déborde de vie. Sur le péristyle qui sert de cœur à la ville, les cortèges des mariés jouent des coudes avec les passants et des « centurions romains version carton-pâte » prêts à monnayer quelques euros pour poser avec les touristes.





Depuis près de 1 600 ans, le centre-ville s’est installé dans les ruines d’un ancien palais ayant appartenu à l’un des derniers empereurs romains, l’un des plus cruels également. Au IVe siècle, le redoutable Dioclétien s’y fit construire un gigantesque palais de 38 500 m2 et se tailla une solide réputation de persécuteur de chrétiens. Au fil du temps, l’édifice fut peu à peu absorbé par la ville et ses matériaux réutilisés. Encore aujourd’hui, des façades antiques jouxtent des murs récents. Plus étonnant, le mausolée du diabolique Empereur fut converti en cathédrale.





Souvenirs de deux époques totalement différentes, les médaillons de Dioclétien et son épouse y côtoient aujourd’hui des autels dédiés aux saints martyrs Anastase et Domnius (XVe siècle). L’Histoire sait parfois se montrer capricieuse dès lors qu’il s’agit de prendre sa revanche.



7 - Les bouches de Kotor vous laisseront sans voix






Avant de boucler son périple dalmate, la Belle de l’Adriatique fait une (petite) infidélité à la Croatie. Cap au sud, direction les bouches de Kotor (Monténégro) à seulement 90 kilomètres de Dubrovnik. La navigation s’effectue de nuit. En fin de matinée, la silhouette des bouches de Kotor se dessine.



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Sous le regard des montagnes, le navire trace sa route, passant de baie en baie, s’enfonçant dans une sorte de fjord méditerranéen (en réalité un canyon rempli d’eau de mer) long de 28 kilomètres et découpé en plusieurs bassins. Avant de passer le détroit de Verige, il faut laisser, sur la rive droite, une impressionnante galerie en forme de trou noir. En fait, une ancienne base sous-marine yougoslave aujourd’hui abandonnée, creusée dans la roche. A l’avant du navire, la foule des passagers scrutent ce décor qui déroule ses multiples paysages.





Plus loin, il convient de saluer l’île artificielle de Notre-Dame-du-Rocher qui, avec son élégante église à coupole bleue, fut créée au XVe siècle par des marins qui crurent voir apparaître la Vierge en cet endroit. Tout au bout, il y a Kotor. Cette petite bourgade (20 000 habitants) a beau être protégée par d’impressionnantes montagnes, elle est dotée de remparts qui grimpent, comme du lierre, jusqu’au sommet des collines environnantes, près de 300 mètres plus haut.




Comptez près d’une heure pour gravir les rudes 1 300 marches du trajet… ou une dizaine de minutes pour rejoindre le sommet du mont Lovcen grâce à un téléphérique ouvert en 2023 et qui vous conduira bien plus haut (1 350 m). Splendide, la vue vous coupera le souffle. Avant votre retour final à Dubrovnik, les Bouches de Kotor vous laisseront sans voix.



8 - Le show philippin



Les sourires sont là. Comme toujours. Mais, ce soir-là, le service du repas du soir s’effectue un tout petit peu plus vite. Et peu de temps après, le bar tire le rideau. Juste un instant. Hors de question de laisser les 195 passagers sur leur soif. L’équipage, composé 47 personnes, s’affaire en coulisses, le temps de se préparer… Si la navigation est dévolue aux marins croates qui connaissent bien les eaux de l’Adriatique, tous les services à bord sont assurés par des Philippins. Vraiment tous. Car, ce soir, ils changent de costume. Danse, chants… Le barman s’est mué Michael Jackson, une hôtesse de cabine en Diana Ross. La mue est étonnante. Comme le veut la coutume, le final réunit tout le monde sur la piste. Passagers et équipage sont bercés par des accents tagalog, la plus connue… des 170 langues philippines. Au-delà de la destination, les plus beaux voyages sont d’abord ceux que l’on partage.